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 [FlashBack] Un Couronnement Grandiose

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Zéphira Delsola
Dame de Bélin
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Zéphira Delsola
Philosophie : Compassion (Loyal, Bon)
Divinité(s) : Litrish, Phélemée et Revoran.
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Races: Bélinois
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MessageSujet: [FlashBack] Un Couronnement Grandiose   [FlashBack] Un Couronnement Grandiose EmptyVen 9 Mai 2014 - 18:57


   
Dans les Jardins
Joeffrey et Zéphira.

   
La dernière fois qu'elle avait été apprêtée de la sorte un dîner avait eu lieu. Cette fois-ci ce n'était ni plus ni moins que son couronnement, qui aurait, certes, lieu dans trois jours mais ces trois précieux jours en compagnie de toute la haute caste norpalienne n'en étaient pas moins importants. Perdue dans la contemplation de son propre reflet ― qu'elle peinait à reconnaître ― un brusque mouvement de la servante la fit hoqueter. Fallait-il vraiment que ce corset soit aussi serré ? Il lui sembla que jamais elle n'avait eu une taille aussi dessinée. Faire d'elle un Être parfait, c'était devenu le mot d'ordre du Château ces derniers mois, mais à quel prix ? Ses poumons peinaient à trouver la place de se remplir d'air, entre deux respirations difficiles elle parvint à trouver le moyen de s'adresser à ses habilleuses.


― « Ne pouvez-vous pas dénouer... on l'apprêtait pendant qu'elle parlait. Ne serait-ce qu'un lacet ?
Vous serez magnifique, ma Dame.
La plus ravissante de toute. surenchérit une autre. »


Zéphira devait se rendre à l'évidence : elle n'aurait aucun traitement de faveur aujourd'hui. Quelque part elle était reconnaissante d'une telle dévotion, car toutes ici présentes savaient qu'en ce beau jour d'Autron de la 6ème année de l'ère du Second Souffle les deux membres de la famille Jerodian seraient présents. Leur arrivée avait été annoncée la veille par un messager, ils avaient passé l'un des points surveillés du Comté de Bélin et, à moins qu'ils n'aient décidé subitement de faire demi-tour, ils devaient être aux portes d'Hydrasil ce-jour. Et si officiellement les deux partis avaient renoncé à leurs épousailles, Zéphira n'en restait pas moins enjouée à l'idée de revoir le Roi Melkiar et le Prince Sven.

***

Leur arrivée avait été préparée dans le moindre détail. Toute l'aile Est était dès à présent réservée aux norpaliens, qu'ils eussent été nobles, valets ou servants, et il allait sans dire que les dépenses avaient été colossales ― fort heureusement le Roi Jerodian avaient participé aux festivités. Ces dernières allaient durer une semaine et, au milieu de ces jours enjoués, se tiendrait le couronnement.
Il arrivèrent peu après le zénith. La Reine, Aslak, Maître Hilas, Zéphira ainsi que bon nombre de leurs sujets et accompagnés d'une foule de gardes, accueillirent les membres de la Royauté norpalienne. Dans sa robe saphir de velours aux reflets presque irisés, la Princesse paraissait briller comme un véritable joyau. Maître Hilas ne se laissa cependant pas berner par le masque de bienséance que portait Zéphira : l'absence de Sven la toucha au plus profond de son cœur. Pourquoi n'était-il pas là ? Où était son père ? Elle adressa cela dit des révérences on ne pouvait plus gracieuse à chacune des personnes importantes traversant les grandes portes du Château.
Trop petite à l'époque du dernier grand rassemblement de ce type, elle ne se rappelait quasiment aucun des visages qu'elle saluait. Sans compter que les seuls qu'elle avait véritablement attendu ne croisèrent jamais son regard. Qu'elle aurait aimé une aide d'Aslak, cependant ce dernier, bien qu'il sentît son désarrois, resta de marbre et ne lui adressa aucune attention. Tout comme la Princesse qu'elle était, il se contentait de se baisser, laissant la Reine ― femme du Roi Lysander, mort quelques mois plus tôt ―  saluer en leurs noms les différents arrivants.

Les heures passèrent, chacun des invités prit peu à peu ses aises et finalement ces derniers se mirent à déambuler dans le Château et dans les jardins avec une facilité déconcertante. Zéphira demeurait interdite, passive, trop concentrée sur le frottement de son corset sur son buste lorsqu'elle tentait de prendre une inspiration correcte. Ses yeux d'ambre scrutaient chaque nouveau visage et, par Revoran, ils étaient nombreux. Si nombreux qu'elle en restait figée, son regard se balançant d'invité en invité, sans jamais qu'elle eût besoin de bouger pour en trouver de nouveaux. Ainsi plongée dans cette inspection, elle réalisa soudain l'impolitesse de telles manières et s'enquit de retourner dans ses appartements. Zéphira espérait y trouver le calme et la tranquillité, deux choses qui lui permettraient peut-être d'arrêter pour de bon cette douleur lancinante dans son abdomen. Elle maudit le corsage de lui créer tant d'ennuis, pourtant nul autre facteur que la tristesse n'était à blâmer. Ce fut une brusque bouffée de chaleur qui changea sa destination. Subitement, elle bifurqua et disparut dans les jardins du Château. Elle connaissait jusqu'au moindre pétale de chaque fleur, pourtant la Princesse n'y prêta pas la moindre attention. Elle se dirigeait vers l'un de ses endroits favoris : un banc dans un cul-de-sac, au milieu duquel se dressait la statue d'une créature si étrange qu'après vingt années passées dans ce Château elle ne parvenait toujours pas à dire s'il s'agissait d'un lion, d'un aigle ou d'un serpent.
Seule, libre de tout protocole et se croyant à l'abri des regards, son visage d'ange se crispa ouvertement et sans retenu. Tout son corps lui faisait un mal de chien, ses pieds dans ces chaussures trop petites, ses jambes d'être restée debout si longtemps, son buste dans ce corsage trop serrée, sa tête du brouhaha continu qui secouait le Château depuis des jours et des jours... Et rien de tout cela ne s'arrangerait avant une semaine. Elle n'y survivrait pas, pensait-elle, et pourtant il le fallait car bientôt jongleurs, cracheurs de feu et dresseurs de bête sauvages arpenteraient les rues d'Hydrasil en l'honneur de son couronnement. Zéphira ferma les yeux et donna son visage en spectacle aux soleil et aux nuages. Elle ne se rendit compte que bien trop tard que quelqu'un s'approchait, à vrai dire la Princesse n'ouvrit les yeux que lorsqu'une ombre vint refroidir son bras nu.


― « S-Sir Joeffrey ...! la douleur la quitta instantanément, elle se redressa d'un bond et esquissa une révérence maladroite. Veuillez m'excuser. »
 

   
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Joeffrey Hekhart
Masque d'acier
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Joeffrey Hekhart
Âge : 54
Philosophie : Avarice
Divinité(s) : Le grand Revoran
Faction ou Clan : Le Gantelet

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MessageSujet: Re: [FlashBack] Un Couronnement Grandiose   [FlashBack] Un Couronnement Grandiose EmptySam 10 Mai 2014 - 15:19

« Elle n'avait pas encore conscience de son potentiel, mais je compris dès notre premier échange qu'elle serait de celles qui façonnent le monde »

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Cinquante et un jours, deux heures et des poussières, nous passions enfin les portes. Le soleil rendait grâce à la beauté de l'imposante cité qui scintillait de mille feux. Il s'agissait de ma première traversée du continent et malgré mon endurance légendaire la fatigue se faisait ressentir, encore plus pesante que la faim qui me tenaillait. Je me tenais non loin derrière les cavaliers de tête chargés de ma protection -mesure aussi futile que dégradante- tandis que le cortège progressait vers le château d'argent qui devait être bondé vu l'importance de l’événement.

Les nobles qui m'accompagnaient étaient restés cloîtrés dans leur calèche la majeure partie du voyage, ils furent donc doublement surpris de croiser les Bélinois en chair et en os. Nous les prenions de haut bien malgré nous, cependant lorsque je croisai le regard de la future reine ce jour-là, je su immédiatement que la taille n'avait guère d'importance. Aussi rayonnante qu'Hydrasil elle-même, ses yeux dorés ne s'attardèrent pourtant pas sur moi, je n'étais visiblement pas celui qu'elle s'attendait à voir en première ligne. Cette missive bien au chaud dans la poche intérieure de mes habits d'apparat allait être remise en temps utiles mais cette déception sur son visage radieux me donnait envie d’en savoir davantage, le poids du parchemin et de l’encre allait en grandissant tout comme mon intérêt.

J’appréciais énormément de me trouver en Hydrasil, dans son château qui plus est. Les raisons du seigneur Jerodian m’importaient peu au fond puisque son incapacité à venir assister au couronnement de la jeune héritière m’offrait la chance d’être au premier rang. J’étais réputé au sein de la cour mais être reconnu et respecté ne signifie rien lorsqu’aucune action n’est posée pour venir confirmer votre pouvoir. Le fort me manquait, tout comme mes braves disciples, mais rien ne me manquait plus que mon masque. Un homme qui ne peut exprimer ses convictions ni se battre pour elles n’est rien, j’avais besoin de défendre le peuple, ma cause. Pourtant je me devais de contenir mes ardeurs pendant ces deux semaines très importantes, il fallait que je tisse des liens avec cette douce Zéphira pour l’avenir de mon pays, pour le futur du Gantelet.

Je m’attardais ci et là tandis que la noblesse bavardait et s’émerveillait devant la beauté des statues et des œuvres d’art qui couvraient les murs. L’architecture était semblable à la nôtre mais revêtait une minutie et un souci du détail bien plus grand comme si rien n’était laissé au hasard et que tout, même la lumière, devait être absolument parfait. Les fleurs et autres plantes étaient abondantes, tout comme les parfums qu’elles diffusaient. Je n’avais pas tendance à m’attarder à tous ces riches et opulents personnages qui recouvraient le plancher de dalles blanches de ce hall grandiose préférant étudier discrètement la future reine et ses proches. La foule se dispersa finalement et je constatai que la jeune Delsola quittait elle aussi à la hâte. M’assurant de ne pas être suivi ou embêté je décidai de la suivre afin de lui remettre en main propre la lettre que ce cher Sven m’avait confiée.

Rapidement je me retrouvai devant un long corridor menant vers l’extérieur, je pouvais entrevoir les montagnes au loin tout comme les vastes jardins royaux et c’est sans doute là que la demoiselle se rendait pour être seule. C’était l’occasion rêvée. D’un pas résolu mais prudent j’entrepris d’aller à sa recherche. L’air tiède berçait mes sens et taquinait mes cheveux alors que mon regard vagabondait en quête de l’héritière. Je portais un pantalon de cuir noir accompagné d’une chemise blanche de grande qualité recouverte d’une majestueuse cape de fourrure noire teintée de gris. Je la retirai expressément, la chaleur devenait insupportable. Soudain, sortie de nulle part, une servante m’aborda.

« Puis-je vous accompagner jusqu’à l’aile Est qui vous est réservée, sir ? »

Je demeurai interdit, ses yeux mauves, cet aura lumineux, ce visage trompeur, une Aasimar. Je songeai à ma dague bien dissimulée dans ma botte droite, mais bien vite mon personnage reprit le contrôle de la situation.

« C’est aimable à vous mais je prendrais bien un peu l’air avant de rejoindre mes appartements, mais merci mademoiselle.»

« Oh je suis désolée pour cette interruption monseigneur, je vous souhaite un agréable moment dans nos jardins. »

J’inclinai la tête en guise de réponse tandis que ma mâchoire se serrait imperceptiblement et que mon âme me suppliait de lui trancher la gorge. - Un peu de tenue mon cher, ce n’est pas le bon moment. Son tour viendra.- Je fis donc demi-tour vers le centre de ce petit paradis floral en direction d’une grande statue. Je la vis finalement qui profitait du soleil les yeux fermés non loin de cette étrange de représentation animale. Lentement je m’approchai jusqu’à me tenir tout près d’elle. Elle était vraiment magnifique ainsi exposée, mais le spectacle ne dura qu’un bref instant puisqu’elle releva ma présence, évidemment.

« S-Sir Joeffrey ...! Veuillez m'excuser. »

Si charmante et avenante, je souris sincèrement et sans artifice cette fois tout en m’inclinant à mon tour. J’appréciais d’être soumis à une autorité si prometteuse.

« Votre altesse. Vous n’avez pas à vous excuser, tout est de ma faute, je n’avais pas à vagabonder ainsi. Comme vous avez dû le constater le seigneur Jerodian et son fils le prince Sven ne pouvaient être présents, cependant ils vous transmettent leurs salutations et leurs vœux les plus sincères. Évidemment la mort de votre père nous a tous beaucoup ébranlé, nos sincères condoléances vous sont aussi offertes. »

Sa mine rayonnante s’assombrit lorsque je prononçai ces mots, il était temps. Délicatement je m’emparai de la missive que je lui tendis soutenant son regard inquisiteur.

« De la part de Sven, votre grâce. »

Elle me remercia, je lui laissai un moment pour examiner l’enveloppe et le sceau du lion en son centre. J’osai une imprudence en comptant sur mon charme naturel et ma douceur pour ne pa s paraître impoli.

« Si vous souhaitez lui transmettre un message en retour sachez mademoiselle Delsola que je suis à votre disposition. Nulle n’est au courant, j’ai cru bon garder ce petit échange pour moi-même, il y a à mon humble avis beaucoup trop d’oreilles indiscrètes à la cour. Dois-je vous laisser seule ma chère ? »

Je ne voulais en aucun cas paraître insistant mais il me tardait d’en savoir plus sur sa vision du monde et ses intentions une fois devenue reine. Une dame telle que Zéphira Première serait une allié de choix, j’étais disposé à agir à sa convenance, enfin, pour une temps du moins.
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Zéphira Delsola
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MessageSujet: Re: [FlashBack] Un Couronnement Grandiose   [FlashBack] Un Couronnement Grandiose EmptySam 10 Mai 2014 - 18:22


Dans les Jardins
Joeffrey et Zéphira.

"Vagabonder", était-ce là le mot qu'il donnait à sa façon de marcher ? Assurément le pas noble de Joeffrey n'avait rien d'un vagabondage quelconque, il avait ce charme norpalien, ce charisme propre aux gens du Sud. C'était indéniable, ils avaient tous cet air lointain auquel Zéphira n'était pas insensible. Cependant l'admiration dans ses yeux se changea en un deuil à fleur de peau à l'évocation de la mort de son père. Elle adressa un signe de tête ému. Les mots auraient été de trop, peut-être même se refusait-elle d'en mettre sur cet évènement de peur qu'une larme ne coulât. Elle savait pertinemment que son couronnement devait avoir lieu après que le Roi sortant lui en ait accordé ce droit... Le Roi Lysander avait régné jusqu'à son dernier souffle et, sans se l'expliquer, Zéphira avait cette sensation désagréable de fêter la mort de son père. Elle aurait aimé qu'il eût été moins digne et qu'il lui léguât le pouvoir avant sa propre fin. Les lois de l'honneur étaient parfois étrangement appliquées.


― « Votre prévenance me touche, Sir Joeffrey.
De la part de Sven, votre Grâce.
Je ne suis pas encore Reine. dit-elle préoccupée, comme si "votre Grâce" lui donnait l'impression d'avoir dix ans de plus. Qu'est-ce donc ? »


Au même moment Joeffrey sortit d'une de ses poches une lettre. Zéphira s'en saisit. Le sceau royal de Norpalie y était apposé, un lion décoré qui, malgré le rouge épais qui en formait les traits, lui remémora avec une précision incroyable sa première rencontre avec des norpaliens. Elle crut voir le blason lui sauter au visage : lion d'or sur champ d'azur. Elle la retourna plusieurs fois comme pour s'assurer qu'elle existait vraiment. Cette lettre était sans nul doute une réponse à celle qu'elle lui avait adressé plusieurs mois auparavant.


― « N'en faîtes rien. fit la Princesse avant même qu'il n'entamât une retraite de politesse. Je vous suis extrêmement reconnaissante. »


Tous ses efforts pour cacher son bonheur furent cela dit vains tant elle paraissait déjà savoir ce qu'il y avait d'écrit à l'intérieur. Zéphira ne doutait pas de la discrétion de Sven concernant sa propre lettre, en revanche son attitude vis-à-vis de cette missive-ci ― qui était sensée être la première et non pas une réponse ― trahissait leur correspondance. La Princesse serrait plus que de raison l'enveloppe, elle ne pouvait décidément pas se permettre de l'ouvrir dans un jardin, aussi beau eut-il été. Elle se contenta de la garder dans la main, à défaut de le mettre dans un pli de sa robe, ce qui aurait été mal venu de faire devant le Conseiller du Roi de Norpalie. Les formalités ainsi faîtes, elle s'assit de nouveau et posa l'enveloppe sur ses genoux qu'elle recouvra de ses mains fragiles. En temps normal il la dépassait de bien deux têtes, mais dans cette position, Joeffrey lui paraissait être un géant de conte de fée.


― « J'adore venir ici. lança Zéphira en levant le nez en l'air. Venez donc, venez voir, Sir Joeffrey. elle l'invitait à s'asseoir à ses côtés. Regardez. »


Elle lui montra du doigt quelque chose, mais comme il ne sembla pas distinguer quoi, elle changea légèrement la direction qu'elle indiquait. Leur différence de taille ne leur donnait pas du tout le même point de vue, aussi tenta-t-elle de se grandir pour voir ce que lui voyait. En vain, l'inverse serait sans doute plus convainquant. Elle approcha sa joue de la sienne, dressant son bras toujours dans la même direction. Joeffrey s'était baissé pour tenter d'apercevoir ce que la Princesse tentait de lui montrer : « Juste là... le nid. » ; Droit devant, à travers plantes, feuillages et autres lierres, se situait un nid accroché à l'architecture qui couvrait une partie des jardins. Lorsqu'elle fut presque certaine qu'il eût repéré le pêle-mêle de branchage et de poil qui constituaient le nid, Zéphira retira son bras mais, dans sa retraite, tamponna maladroitement la mâchoire de Joeffrey du coude. Elle s'excusa platement, toutefois il semblait qu'elle se soit faite plus mal en se piquant sur sa barbe que lui en recevant le coup...


― « Oh ! Excusez-moi Joeffrey. Je veux dire Monseigneur ! hurla-t-elle pour se corriger. Pardonnez-moi, Monseigneur. »


Théoriquement elle savait tout des protocoles de la Cour, en pratique il s'avérait que les livres n'étaient d'aucune utilité. Bientôt ce genre d'erreur ne pourrait plus se produire. D'ici quelques jours elle pourrait appeler les autres par les pires sobriquets qu'on ne lui répondrait que : "Oui Majesté". Si Zéphira avait accepter de devenir Reine c'était uniquement pour satisfaire son père... Si elle était encore réticente à prendre la couronne, elle se devait de ne pas le montrer. Contrairement à d'autres, elle n'était pas douée pour revêtir les masques que la société voulait lui faire porter. L'apprentissage d'un tel art était long. La dernière fois qu'elle et Joeffrey s'était rencontrés, elle avait six ans.

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MessageSujet: Re: [FlashBack] Un Couronnement Grandiose   [FlashBack] Un Couronnement Grandiose EmptyLun 26 Mai 2014 - 21:21

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Le parfum naturel de sa peau tout comme sa chaleur m’invitèrent à fermer les yeux un cours instant alors qu’elle se tenait tout près de moi. Je la surpassais en taille et en puissance, mais son charme enjôleur eut tôt fait de me prendre à revers. En habitude c’était moi le tombeur, et pas l’inverse, et qu'elle soit si naïve à ce propos la rendait d'autant plus attirante. Bien que je n’eus aucune arrière-pensée à cet égard je ne pus m’empêcher de contempler son corps de nouveau remarquant que son corset semblait  restreindre sa respiration. Les joies de la royauté.  

À peine découvrais-je l’objet de son intérêt qu’un petit coude pointu vint me surprendre en percutant mon visage. Tandis qu’elle demandait pardon pour sa maladresse je me mis à rire gentiment afin de lui démontrer que je ne lui en tenais pas rigueur. Je massai toutefois ma large mâchoire cachée sous ma barbe drue. Cette gaucherie la rendait charmante, enfin, plus charmante, si seulement une telle chose eut été possible.

« Ne vous en faites pas ma chère, c’est déjà chose du passé. Je vous remercie, au contraire, pour ce petit moment de détente, la noblesse ne prend jamais le temps de rigoler un peu. »

Elle sembla s’apaiser alors que nous retrouvions déjà nos manières et notre convenance. Je pris quelques instants pour observer le fameux nid avant de reprendre.

« Vous savez sans doute que mon père était le conseiller du roi il y a longtemps et donc tout comme vous vous apprêtez à le faire, j’ai suivi ses traces. Certes malgré tout j’ai eu l’opportunité de choisir une autre voie mais dans l’intérêt de ma famille j’ai emprunté celle que l’on avait tracée pour moi. Je ne prétends pas savoir ce que vous ressentez aujourd’hui à cet égard, mais sachez que peu importe nos obligations, nos responsabilités, nous pouvons mais surtout nous devons être qui nous sommes vraiment.
Je sens en vous une force indéniable, princesse, votre trône, votre pays et votre peuple seront ce que vous en ferez. Votre couronnement, votre règne apportent un renouveau et donc son lot de changements, certains seront enclins à vous féliciter et d’autres encore à vous montrer du doigt, mais rien de tout cela ne doit vous empêcher d’agir selon vos convictions profondes, selon votre cœur. »


Ses mains s’agitaient un peu resserrant leur emprise sur la lettre posée sur ces genoux. Je ne souhaitais pas lui dépeindre un portrait effrayant de la situation, elle n’avait pas besoin de ça.

« Ce genre de discours doit vous sembler bien étrange de la part d’un sudiste, pourtant je crois fermement à ces paroles. Les miens sont prompts à prendre les armes, mais guider un peuple tout entier demande finesse et sagesse, le combat ne peut venir à bout de tout. Ne vous entourez pas de gens qui sont sans cesse en accord avec vous, la confrontation de l’esprit amène une vision différente d’une situation et cela peut s’avérer très utile, voire essentiel. »

Étrangement je perdais un peu mes repères et j’eus souhaité qu’elle n’en remarque rien. Je l’écoutai patiemment me parler de ses propres idées, de ses souhaits et de ses inquiétudes, je me sentais à ma place. J’étais bien plus qu’un conseiller, j’étais un guerrier, un meneur, mais je sentais qu’elle n’avait besoin que d’une oreille amicale, peut-être aussi d’un épaule. J’eus été heureux de lui offrir l’un comme l’autre. Nous dûmes pourtant écourter notre conversation pour nous rendre dans la grande salle à dîner, l’heure du repas royal était apparemment venue. Je me levai promptement afin de lui tendre ma main pour l’aider à se relever, il s’agissait là d’un prétexte pour effleurer sa présence plutôt que d’une simple galanterie. J’inclinai la tête en souriant.

« J’ai été ravi de pouvoir m’entretenir avec vous, l’air de vos jardins tout comme votre douceur ont su revigorer mon esprit.  Je serais heureux de vous accompagner jusqu’à la grande salle, majesté. »

Je soutins son regard ambré arborant un air confiant et fougueux à la fois tout en lui offrant mon bras cette fois. Elle y alla d’une réponse des plus adorables avant de passer son bras délicat autour du mien.  En cet instant ce n’était point la faim qui martelait mon estomac, l’empressement d’un nouvel échange s’était emparé de moi.

☩ ☩

J’avais l’honneur de me trouver à sa gauche pour ce premier repas officiel regroupant mes compagnons norpaliens et des membres de la noblesse de Varakir et évidemment de Bélin. Je découvris aussi un couple d’impressionnants Ursidaes attablés à quelques mètres de nous, apparemment ils représentaient un clan d’une grande importance pour Hydrasil vu leur place de choix. Mais je ne prêtais guère attention aux décors ou aux tenues ravissantes, je concentrais toute mon énergie sur la raison de ma présence en ce lieu et rien d’autre ne comptait vraiment.

Je restai silencieux la plupart du temps, préférant laisser la future reine m’aborder lorsqu’elle le souhaitait. À sa droite siégeait sa mère qui paraissait consentir à ma présence à cette table d’honneur tout comme le prénommé Aslak à ses côtés. En Hydrasil j’avais la réputation d’être un conseiller et un homme de cour expérimenté, il n’en fallait pas plus visiblement pour rassurer la royauté. Le repas tirait à sa fin et il était désormais temps pour les représentant des diverses contrées d’offrir leur cadeaux à la future reine. Le tour de la Norpalie vint bien assez tôt et je me levai pour m’adresser à la foule attentive.

« Votre majesté, membres de la noblesse. La Norpalie et son Seigneur ont l’immense honneur de vous offrir ce présent afin de démontrer notre désir de vous savoir toujours en sécurité. »

J’inclinai de nouveau la tête brièvement tout en invitant d’un geste calme de la main le maître-chien à entrer et à s’avancer. Un murmure inquiet parcouru alors la salle tandis qu’un fier molosse de guerre s’avançait élégamment vers le centre de la pièce.  Zéphira se leva lentement apparemment étonnée et étrangement curieuse. Le grand chien s’arrêta à quelques mètres d’elle puis se coucha gentiment sans la quitter des yeux. Son pelage était d'un blanc immaculé et son encolure à poils longs lui offrait une prestance canine hors du commun.. Quant à ses yeux, ils arboraient un magnifique vert émeraude et dégageaient une réelle intelligence. Je repris donc.

« Ce fidèle molosse nommé Juste en votre honneur n’aura de cesse de vous protéger, madame. Il est puissant et très intelligent, vous n’avez rien à craindre, il vous obéira au doigt et à l’œil. Chez nous ces braves molosses sont considérés comme des soldats à part entière, dévoués et forts, ils représentent la volonté de fer et l'endurance de notre peuple. Veuillez accepter cette noble bête en gage de notre soutient et de notre fidélité envers vous et votre royaume tout entier. Les temps de guerre sont révolus, voici venir les jours de paix. »

Sur ce je parcouru la salle du regard avant de retrouver mon siège sous les applaudissements de la foule de nouveau détendue. Je songeai dès lors à mon propre présent, bien plus délicat, bien plus beau, un cadeau digne d’une reine. J’allais lui remettre lors de notre prochain échange, échange qui, je l'espérais, n'allait point se faire attendre.
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Zéphira Delsola
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MessageSujet: Re: [FlashBack] Un Couronnement Grandiose   [FlashBack] Un Couronnement Grandiose EmptyJeu 16 Oct 2014 - 1:40


 
Dans les Jardins
Joeffrey et Zéphira.

 
Elle crut bon de suivre le rire de Joeffrey, ne serait-ce que pour sauver les apparences... "Idiote, idiote, idiote !", se rabâchait-elle alors qu'il dédramatisait la situation dans laquelle elle s'était enfoncée jusqu'au cou. Dans un sens Zéphira avait été naïve de penser qu'un frêle bras comme le sien eût pu heurter un Norpalien... Peut-être s'était-elle même fait plus mal que lui au bout du compte.
Pourtant ce qui suivit la laissa sans voix, le portrait qu'il dressait à ce moment précis : c'était elle, tout bonnement, un portrait d'elle, nue et sans artifices que le Conseiller peignait de ses mots. Ces traces trop grandes qu'elle s'efforçait de suivre malgré qu'elle trébuchait sur la moindre aspérité, ce nombre incalculable de responsabilités qui l'assaillaient, cette force dont tout le monde la croyait douée, ses convictions immarcescible mais toutefois ébranlées depuis la perte de Sven et, pire que tout, ce jugement permanent de la part du plus petit enfant de la plus basse naissance qui avait autant de poids dans son cœur qu'une lame en amaranthite. Zéphira n'osait participer à cette conversation, de quoi aurait-elle l'air si elle véhiculait une mauvaise image à Joeffrey ?... Elle se raccrocha à cette lettre, elle était bien trop absorbée par ses propres démons pour comprendre qu'il essayait de la rassurer.


― « J'ai toujours eu une fascination inquiétante pour les sudistes... exagéra-t-elle afin de cacher l'importance qu'avait la Norpalie à ses yeux. Votre présence me rassure. Maître Hilas est un Précepteur exemplaire mais il n'a jamais vraiment su comment... elle esquissa une mine peinée. Il n'a jamais su à quel point tout cela me touchait. »


Ou alors il avait fait exprès de ne pas s'impliquer dans cette histoire. Maître Hilas avait été choisi par le Roi Lysander, son père, et ce dernier avait eu bien des défauts mais aussi bien des qualités, parmi ces dernières son honnêteté presque maladive. Aussi avait-il toujours dit à Zéphira que l'art de conseiller était celui d'imposer ses idées par la force d'un autre, qu'est-ce qui aurait pu différencier un conseiller d'un marionnettiste si ce n'étaient ses pantins de chair. Paradoxalement Zéphira avait une confiance presque aveugle en ces personnes et ne parvenait pas à se faire à l'idée que la méfiance pouvait être une protection viable contre eux. Dénuée d'expérience, les mots de Joeffrey s'imprimèrent d'une calligraphie majestueuse au fond de son être et, l'espace d'un instant, le Conseiller du Roi Jerodian devînt le sien. Les plus médisants diront que le marionnettiste venait d'insérer des fils aux articulations de sa poupée, Zéphira y voyait la naissance d'une collaboration. Elle n'avait jamais été très proche de la Cour de Norpalie, quand bien même elle y avait passé quelques mois étant plus jeunes ces visites étaient davantage ponctuées par les jeux que par un réel intérêt pour les protocoles. Et si elle devait être honnête, elle serait tentée de dire que ça ne l'intéressait toujours pas.
Joeffrey se leva avant de lui tendre une main aussi robuste que galante. Zéphira esquissa timidement un mouvement mais le Conseiller ponctua sa réaction d'un compliment qui la fit sourire comme jamais. L'espace d'un instant ses problèmes et ses doutes s'envolèrent et, se levant plus légère, s'accrocha au bras de Joeffrey en dépit des convenances d'usages. Bras dessus, bras dessous, ils se dirigèrent vers la salle où se tiendrait la réception.

***

La tension était palpable et, malgré son sourire de façade, Zéphira n'était pas à l'aise. Ces assiettes étaient trop richement décorées pour qu'elle eût ne serait-ce que l'envie de les salir par des aliments aussi gras et sucrés. Elle se savait privilégiée, depuis toujours, mais en cet instant précis sa condition de noble, de membre de la famille royale, lui sautait au visage. La jeune Reine ignorait tout des dépenses faites en son honneur, et d'ailleurs elle n'avait en aucun cas demandé à en être informée. Assise sur la chaise, elle jeta par devant sa mère en se penchant légèrement un regard inquiet vers Aslak qui, d'un mouvement du menton, la redirigea vers les invités. Zéphira était si droite, si noble, qui aurait pu se douter qu'à l'intérieur d'elle une tornade d'émotions lui donnait la nausée. Pourtant ils mangèrent, tous sans exceptions et plus que de raison pour certains, vin rouge, vin blanc, bouchées de lard fumé et aux légumes, potages, porc au miel, poissons aux herbes, pièces de viande rôtie, champignons marinés, pain d'épice aux fruits, pâte d'amande... Zéphira crut que ça n'en finirait jamais, elle n'avait jamais autant feint de manger : une bouchée, un sourire, une bouchée, un verre de vin, un sourire. Si elle avait pu mettre de côté chacun des plats elle l'aurait fait sans hésitation, seul le sucré parvenait à s'insérer dans sa bouche avec une facilité presque enfantine, tant et si bien que sa propre mère éloigna le petit bol dans lequel la pâte d'amande avait trouvé refuge.

Vint le temps redouté des présents des hôtes. Ne laissant rien paraître du bonheur qui l'assaillait à chaque cadeau, Zéphira se contentait d'opiner sobrement et de remercier tout à chacun d'une façon à la fois particulière et protocolaire. Des étoffes rares, des bijoux précieux, quelques meubles tantôt gigantesque tantôt aussi petit qu'un bougeoir en or massif... D'un coup elle sentit son voisin de gauche se lever, s'en suivit l'arrivée d'un chien, du moins elle crut qu'il s'agissait d'un chien jusqu'à ce qu'il vînt se coucher juste au pied de l'estrade qui les séparait des autres invités. Penchée au-dessus de la table dans une admiration proche de l'analyse sa première émotion fut une peur non dissimulée. Elle avait bien sûr entendu parler des chiens-loups norpalien, mais les voir d'aussi près restait très impressionnant... Nul doute qu'elle mettrait du temps à s'habituer à sa présence. Un sourire de façade voila son appréhension quant à l'apprivoisement personnel de cette bête, se rasseyant, elle se releva subitement pour prendre la parole, l'erreur du siècle avait été évitée de justesse. D'une voix portante mais douce, Zéphira remercia l'ensemble des convives et tout particulièrement leur générosité. A la suite de quoi, les discussions reprirent dans une cacophonie digne d'une place de marché.

Elle se demanda dès lors quelle serait l'ampleur du premier festin d'après son couronnement. Pouvait-on faire plus opulent que celui-ci...

***

Un jour entier s'écoula, le couronnement approchait à grand pas et avec lui son lot d'anxiété et de regrets. Avait-elle profité de sa jeunesse, elle aimait à le croire. Dans ce miroir, assise à se dévisager, elle s'imaginait aux côtés de Sven, un diadème majestueux coincé dans ses cheveux et, lentement, une larme humidifia ses yeux sans vouloir tomber. Zéphira se leva subitement et sortit de sa chambre, fuyant ce miroir qui lui reflétait ce qu'elle était et non ce qu'elle devait être. Même si elle réalisait avec une objectivité déconcertante que céder à la mélancolie ne l'aiderait guère, ce fut pourtant bien elle qui s'empara de son esprit pendant plusieurs heures après qu'elle ait quitté ses appartements.
Elle se rendit comme par réflexe dans les écuries, là où un box avait été libéré pour cette bête nommée Juste. Un geste de la main suffit à passer les portes les mieux gardées dans un silence de plomb. Elle tressaillit en voyant la masse blanche roulée en boule dans la paille : "Juste..." soupira Zéphira dans un souffle, elle s'attendait à ce qu'il dressât l'oreille mais il resta inerte, comme endormi quand bien même elle devinait ses yeux cligner de par les légers mouvements de ses arcades. Elle esquissa une retraite, se ravisa, puis repartit. Ce fut à cet instant que Juste jappa, elle se retourna, il était là, ses deux yeux de jade la fixait avec une lueur presque humaine... Elle ne l'avait pas entendu se lever, ni s'avancer si près, la longe qui le maintenait assez loin pour qu'elle fût en sécurité était tendue sans pour autant le retenir. Non, elle ne pouvait pas, s'approcher davantage était au-dessus de ses forces. La princesse fuit les écuries aussi vite que sa propre chambre avec pour unique but d'y retourner.

***


― « Tu sais à quel point j'y tenais, Aslak. Et maintenant je dois faire comme si toutes ces leçons et préparatifs n'avaient servi à rien. C'est injuste. Dit-elle les yeux dans le vague, assise sur son lit.
Avec qui aurais-tu dansé... Moi ? fit-il un rire dans la voix. C'est bien mieux comme ça.
Oui, bien mieux. elle ne parvint cependant pas à s'en convaincre.
Sa Majesté ne prendra pas non plus part au bal demain. Elle m'a chargé de te le dire, ça ne m'enchante guère de t'annoncer tout ça.
Je sais... »


Zéphira ignorait jusqu'à la raison de son absence à venir. Après tout ça lui importait peu de feindre un mal de ventre ou de tête. De la même façon elle devinait aisément que sa mère n'y participait pas à cause de l'absence de partenaire et, dans un sens, Zéphira subissait le même sort. Aslak avait raison, danser avec lui n'aurait été qu'un faux pas. Malgré qu'elle se fût satisfaite de peu, danser avait été une des raisons pour lesquelles elle n'aurait reculer son couronnement pour rien au monde. Maintenant qu'elle y repensait, il avait été naïf de sa part de croire que sa Mère – et plus généralement les convenances – l'autoriserait à danser avec "n'importe qui". Ce fut immédiat, une idée folle germa à la vitesse d'un éclair :


― « Je pense avoir un partenaire digne.
Qui donc ?
Tu verras. expédia Zéphira tout en se relevant.
Tu dois me dire, Dame Soleyne va vouloir savoir, tu n'auras jamais son autorisation pour danser demain si tu ne le lui présente pas avant.
Elle le connaît. d'un pas pressé elle quitta la pièce.
Zéphira ! la porte claqua, enfermant Aslak seul avec son appel. »


Joeffrey, c'était le seul qui serait assez bien aux yeux de tous. Et s'il refusait, alors elle s'avouerait vaincue... Et les Cinq savaient qu'il avait des milliers de raisons de le faire. Sven comprendrait, Zéphira le savait, elle prétexterait que pour les autres il fallait que le Comté de Bélin et la Norpalie eussent été proches, ne serait-ce que le temps d'une danse.
Au pire elle n'aurait qu'un refus, c'était le pire qui pouvait lui arriver. Et si refus il y avait, alors elle n'aurait qu'à écouter sa mère et ne pas assister au bal. Pour une fois elle avait l'impression d'y gagner au lieu d'y perdre et cette sensation lui fit pousser des ailes. Quatre à quatre – du moins autant que sa robe le lui permettait – elle descendit les marches, ni une, ni deux, la voilà au milieu de tous en train de chercher du regard le Conseiller de Norpalie. Il lui fallut pas moins d'une quinzaine de minutes avant de le retrouver et, lorsque ce fut fait, elle resta muette, béat, sotte... Une petite voix lui murmurait de foncer, et une autre, tonitruante, lui hurlait de faire demi-tour et d'oublier cette histoire. Mais non, pas cette fois, elle ne fuirait pas. A défaut de fuir, elle resta là, immobile, ses doigts se chamaillaient entre eux dans un élan de stress dont elle ignorait la raison... Et puis, à son plus grand dam, elle s'en retourna dans les escaliers qu'elle avait descendu, elle rouvrit la porte de ses appartements et s'emprisonna derrière. "Ce soir... ce soir..." murmurait-elle pour se donner le courage d'aller lui parler avant que le soleil ne se couche avec ses dernières chances.

Le soir arriva plus tôt que prévu, les lueurs rouge-orangé envahissaient déjà l'horizon depuis une bonne heure lorsqu'elle prit enfin la décision de retenter l'expérience. Toutefois, et malgré ses efforts, elle ne le trouva pas. Déçue, croyant sa dernière tentative vaine, elle se dirigea vers les jardins sans même se douter un instant que Joeffrey l'y attendait.
Elle apparut devant lui, fleur d'été des flammes, lion d'ivoire sous un ciel ardent. Zéphira le scruta un instant, bredouilla quelques mots – tic qu'elle devrait s'efforcer de perdre assez vite compte tenu de l'échéance – et finit par enfin articuler une phrase audible qui s'entremêla avec celle de Joeffrey :


― « Justement, je vous cherchais...! »



 
© EKKINOX


The Kindness and Beauty

I’ve learned that people will forget what you said, people will forget what you did, but people will always remember how you made them feel.

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Joeffrey Hekhart
Masque d'acier
Masque d'acier
Joeffrey Hekhart
Âge : 54
Philosophie : Avarice
Divinité(s) : Le grand Revoran
Faction ou Clan : Le Gantelet

Attributs
Races: Norpalien
Réputation:
[FlashBack] Un Couronnement Grandiose Left_bar_bleue2650/5000[FlashBack] Un Couronnement Grandiose Empty_bar_bleue  (2650/5000)
Adage: «Notre vengeance sera le pardon»
MessageSujet: Re: [FlashBack] Un Couronnement Grandiose   [FlashBack] Un Couronnement Grandiose EmptyDim 19 Oct 2014 - 20:16

Il est encore tôt, mais ma journée s’annonce chargée, c’est pourquoi je déambule d’ores et déjà dans les couloirs immaculés. J’y croise servantes et gardes, cuisiniers et chevaliers. Tous me regardent un bref instant avant de baisser les yeux, ils savent qui je suis mais surtout ce que je fais en ces lieux, alors nulle question ne m’est posée, nul obstacle n’est dressé. Comme c’est ennuyeux, ennuyeux mais bien utile en cette matinée des plus saturées.
Tandis que je joue mon rôle officieux, celui de Grand conseiller, je l’aperçois du coin de l’œil. Je la devine anxieuse, elle reste là à réfléchir quelques instants avant de tourner les talons, c’est étrange. Je poursuis donc ma conversation dans l’intention d’en savoir plus sur ses agissements une fois que mes obligations ne me retiendront plus.

☩ ☩

L’air est tiède et le soleil couchant invitant, seulement je dois rester encore un peu, lui donner le temps de me trouver. Rien ne m’assure qu’elle le fera, pourtant je le sais. Si d’aucuns me disent mystérieux, c’est qu’ils ne connaissent rien aux femmes qui n’ont rien à m’envier à ce propos. Zéphira est l’une de celles qui gardent en elles de douloureux secrets afin de se préserver du monde qui aurait tôt fait d’exacerber leurs faiblesses, mais ainsi cloîtrés, ces secrets les rongent.

Ne connaissant rien à l’amour, je ne peux prétendre savoir ce qui se joue en elle lorsqu’elle songe à ce lointain blondinet, mais je peux aisément deviner l’angoisse que lui procure son couronnement prochain ainsi que toutes les responsabilités et les sacrifices qui s’y rattachent. Rien ne m'a été dit directement, mais je sens bien que Zéphira Delsola compte pour mon prince, tout comme il compte pour elle à en juger par sa tristesse maladroitement camouflée lorsque je lui ai remis la missive.
Dans tous les cas, je ressens un irrévocable désir de l’écouter et de l’épauler, c’est pourquoi peu importe ces tracas, j'ai l’intention de la conseiller du mieux que je le peux. Après tout, n'est-ce pas la raison de ma venue, assurer un avenir solide pour nos deux peuples? Quoi qu'il en soit je compte bien faire ce qui doit être fait pour qu'elle monte sur le trône confiante et consciente de son potentiel.
Je patiente donc dans ces jardins qui furent les témoins de notre tout premier échange dans l’espoir que son instinct ne la pousse vers moi.

La brise se lève et un parfum que je reconnais sans peine me fait tourner la tête, mes yeux confirment aussitôt la venue de la future reine.

- Bonsoir votre…

À peine ai-je ouvert la bouche que ses propos se mêlent aux miens, je souris en l’invitant à parler la première d’un courtois signe de la main. Tandis qu’elle m’expose la raison de sa venue, je ne peux que remarquer une chose: à toute heure du jour, et probablement de la nuit, cette jeune femme est toujours aussi ravissante.
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